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1876

L

Maurice BOUCHOR

Oh ! par le ciel qui fut si tranquille et si bleu, Par la mer qui baisait doucement le navire, Par ces larmes d'amour où brillait un sourire, Par le dernier salut et le dernier adieu ;

Et par tout le passé mystérieux et tendre, Par le discret oiseau qui pour nous seuls chantait, Par ton craintif amour qui d'espoir palpitai Et que les dieux jaloux ne sauraient me reprendre,

Par tant de nuits d'hiver où joyeux et transi Je tombais à tes pieds, plein d'une extase étrange, Cherchant pour m'abriter tes douces ailes d'ange, Par les premiers baisers et les derniers aussi !

Que la sainte beauté ne soit rien qu'un mensonge, Le ciel splendide et pur une lourde vapeur, Le parfum de la rose un miasme empoisonneur, L'espérance un vain mot et le bonheur un songe ;

Et que l'humanité, toute blême d'effroi, Soit engloutie au sein des mers bouleversées, Si je renie, après tant de larmes versées, Ma jeunesse et mon cœur qui ne vivent qu'en toi !

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