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1876

III

Maurice BOUCHOR

J'ai vécu nuit et jour près d'elle, et j'ai sondé Du regard son immense et terrible amertume. Elle absorbe l'esprit entier, qui s'accoutume A vivre de pensers étranges inondé.

Les vieux rois de la mer qui sur un coup de dé Risquaient leur sort, et qui fiaient tout à l'écume, Me paraissent si grands que mon cœur se consume A jalouser des morts, et je songe, accoudé.

Je regarde le sombre horizon ; mon oreille S'emplit de cris de guerre et mon âme s'éveille Dans des rêves sanglants pleins de férocité ! Que ma jeunesse est loin ! -Qu'elle est abandonnée !

Le souffle du carnage et de la liberté Sur mon cœur a laissé ma fleur d'amour fanée.

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