J'ai vécu nuit et jour près d'elle, et j'ai sondé
Du regard son immense et terrible amertume.
Elle absorbe l'esprit entier, qui s'accoutume
A vivre de pensers étranges inondé.
Les vieux rois de la mer qui sur un coup de dé
Risquaient leur sort, et qui fiaient tout à l'écume,
Me paraissent si grands que mon cœur se consume
A jalouser des morts, et je songe, accoudé.
Je regarde le sombre horizon ; mon oreille
S'emplit de cris de guerre et mon âme s'éveille
Dans des rêves sanglants pleins de férocité !
Que ma jeunesse est loin ! -Qu'elle est abandonnée !
Le souffle du carnage et de la liberté
Sur mon cœur a laissé ma fleur d'amour fanée.