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1876

III

Maurice BOUCHOR

Entre le ciel et l'eau j'ai cheminé longtemps, J'ai rempli mes poumons de la brise marine : Mer, rugissante mer que nuit et jour j'entends, J'ai bercé mon ennui sur ta large poitrine.

Merci d'avoir ouvert quelque chemin nouveau A celui que la terre avait banni loin d'elle ; Ton incessant murmure apaisa mon cerveau, Je n'entends plus la voix de mon cœur infidèle.

Car il se lamentait sur ses amours défunts, Il saignait du regret d'avoir perdu son rêve ; Et tout s'est dissipé dans tes âcres parfums, Et j'ai tout oublié quand j'ai quitté la grève !

Mes remords sont pareils aux pâles matelots Qui dorment à jamais sous le linceul de l'onde ; Qu'ils y restent, roulés par d'innombrables flots, Sans se lever jamais de leur couche profonde.

Et je tendrai les bras vers l'azur immortel Qui sourit dans sa gloire à mes tendresses vagues ; Je n'aurai pour amour que la mer et le ciel En regardant bondir lascivement les vagues !

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