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1876

II

Maurice BOUCHOR

Comme des cavaliers innombrables, les flots S'avancent vers la terre avec de longs murmures, Et des gémissements confus, et des sanglots ; Et, sous le grand soleil qui les frappe, les flots

Miroitent comme des armures. Et la croupe des flots étincelle au soleil, Au soleil de juillet qui les frappe et les perce ; Comme autrefois, venant de l'orient vermeil,

La croupe des chevaux miroitait au soleil De l'Ionie et de la Perse. Que vont-ils conquérir, les innombrables flots ? Rien ! la nature tient la bride à la tempête ;

Seulement, il leur faut porter une Délos. L'Île qu'il faut rouler sans trêve, c'est, ô flots ! L'éternel rêve du poëte. Faites-le resplendir au grand soleil d'été

Du torride équateur qu'il tente l'aventure ; Portez-le dans le monde et dans l'immensité, Afin qu'il garde en lui, sous le soleil d'été, La majesté de la nature.

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