Qu'ai-je donc ? le printemps me trouble et me soulève. Comme Mercure, j'ai des ailes aux talons, Et pour m'épanouir dans le ciel bleu du rêve J'ai la légèreté des divins papillons.
Dieu, comme mon cœur bat ! Pourtant, dans les ténèbres S'est endormi l'amour de ma jeunesse en fleur ; Je l'ai mis dans la tombe avec des chants funèbres, Et voici que je sens se réveiller mon cœur.
Je n'aime pas, pourtant. Mais le ciel est en joie, Mais les bois ont verdi pendant que j'ai pleuré, Et la brise de Mai sous qui le gazon ploie Va butiner l'encens chez les roses du pré.
Et sur le bord des mers, le long du sable lisse, En chantant un couplet d'amour et de printemps, Comme un sylphe, marchant bien moins qu'elle ne glisse, Passe une belle fille et qui n'a pas vingt ans.
Ce n'est pas toi que j'aime, ô belle jeune fille En qui palpite et vit la jeunesse des fleurs ; Et pourtant, sais-tu bien ? ton œil superbe brille, Et je pourrais t'aimer dans le rire ou les pleurs.
Ce n'est pas toi que j'aime, et cependant je t'aime, Mon cœur te trouve belle et te salue, ô toi Dont les cheveux tressés forment un diadème Près de qui pâlirait la couronne d'un roi.
Vas en paix, car mon cœur est mort dans ma poitrine, Car le souffle des vents est plus doux que ta voix, Et quand la passion gonflera ta narine, Je me réfugierai dans le calme des bois.
J'écouterai chanter les vagues immortelles Qui roulent au soleil en lançant des éclairs, Et quand j'évoquerai mes amours infidèles Un rire éblouissant traversera les airs.
O vous que nous prenions pour confidents naguère, Splendide ciel d'azur, astres de diamant, Océan dont les flots vibraient dans la lumière Et voilait nos aveux d'un murmure charmant ;
Certes, vous saviez bien qu'insoucieuse et folle S'envolerait l'ardeur des premières amours ; Et tout alors semblait croire à notre parole Qu'un souffle cependant emportait pour toujours.
Vous nous laissiez l'erreur bien aimée et bénie, Quand nous nous parjurions, vous mentiez avec nous ; Vous versiez dans nos cœurs votre immense harmonie Et rien ne nous disait que nous étions des fous !
Merci d'avoir menti, car en nos âmes vierges Cet infidèle amour nous est resté sacré, Et les nuits d'autrefois s'illuminent de cierges Qu'aux quatre coins du ciel tient un ange éploré.
Vous nous avez laissés dans notre bonheur vague, Eh bien ! soyez bénis, car nous étions heureux ; — Depuis, le fiancé n'a pu garder sa bague, Et c'est de vous, ô ciel, que je suis amoureux !
C'est de vous, ô vallons paisibles, pleins de roses, De vous, collines d'or que baise le soleil ; De vous, ô chastes fleurs depuis une heure écloses, Car nul visage humain, fleurs, ne vous est pareil.
C'est de vous, sombres bois dont le silence enivre, C'est de toi, vaste mer qui palpites sans fin, Et que mon cœur troublé sent frissonner et vivre Quand tu bondis devant l'étoile du matin !
Ainsi donc vous pouvez passer, ô filles brunes, Et vous dont le soleil dore les cheveux blonds ; Je n'ai plus de chansons que pour la douce lune, Je n'ai plus de baisers que pour les papillons.
Vous ne me verrez plus à genoux, l'œil en larmes, Je ne redoute plus votre rire moqueur : La profonde nature a d'invincibles charmes Et l'univers entier va me remplir le cœur !
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