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1876

I

Maurice BOUCHOR

L'air est plein d'une odeur exquise de lilas Qui, fleurissant du haut des murs jusques en bas, Embaument les cheveux des femmes. La mer au grand soleil va toute s'embraser,

Et sur le sable fin qu'elles viennent baiser Roulent d'éblouissantes lames. Mauves ou violets, rouges et blancs, ils sont Le sourire enfantin de la vieille maison

Que leur grâce a toute fleurie ; Les femmes Dieu sait où vont les cheveux au vent, Et la mer étincelle au clair soleil levant Comme une immense pierrerie.

O ciel qui de ses yeux dois porter la couleur, Brise qui vas chanter dans les lilas en fleur Pour en sortir tout embaumée, Ruisseaux qui mouillerez sa robe, ô verts sentiers,

Vous qui tressaillerez sous ses chers petits pieds, Faites-moi voir ma-bien aimée ! Je ne la connais pas : pourtant — je l'ai juré — En la voyant passer je la reconnaîtrai

A son pied mignon qui se cambre, Au sourire, aux cheveux entortillés, pareils Aux grappes des lilas qu'un baiser du soleil Aurait faits blonds comme de l'ambre.

L'herbe sent bon, les fleurs ont les yeux demi-clos, La lumière est joyeuse et danse sur les flots — J'entends là-bas chanter un merle… Oh ! puissé-je la voir, être son bien-aimé,

Et qu'elle porte au cœur une rose de mai Ou des lilas couleur de perle !

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