Skip to content
1876

I

Maurice BOUCHOR

J'étais l'enfant sacré de la grande Nature, Je marchais comme un dieu dans les sentiers déserts ; Par les prés, par les monts errant à l'aventure, J'écoutais tout le jour d'ineffables concerts.

J'envoyais des baisers aux lointaines étoiles ; Et lorsque dans la pourpre ardente du soleil Je regardais glisser légèrement les voiles, Le cœur me bondissait d'un élan nonpareil :

Car la mer où chatoient des milliers d'émeraudes, Des saphirs transparents et des rubis en feu, La riche mer séduit toutes les têtes chaudes Et promène les cœurs sur son infini bleu.

Le chant des rossignols, le vol des hirondelles, Tout appartient à nous avant d'avoir vingt ans ; L'amour de la beauté sait nous donner des ailes Et nous nous envolons dans la joie, en chantant !

Mais le vent a soufflé sur le château des nues, Tout s'est évanoui dans la clarté des cieux ; Je suis redevenu le vagabond des rues Et Paris m'a repris dans ses bras monstrueux.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
I · Maurice BOUCHOR · Poetry Cove