Sans toi, la colère et la haine
M'emporteraient je ne sais où,
Car la vie est une géhenne
Où bondit notre rêve fou.
Le sort aveugle nous ballotte
Comme un esquif désemparé,
Et la lugubre mer sanglote
Où plus d'une barque a sombré.
Des voiles ! d'innombrables voiles !
Arriveront-elles un jour ?
Se faut-il fier aux étoiles
Et devons-nous croire à l'amour ?
Pour moi, tu m'as fait faire un rêve
Plein d'ivresse et de volupté,
Et lorsque j'ai quitté la grève
Tout mon cœur, joyeux, a chanté.
Et je n'en crois pas les rafales
Qui rugissent ; car tu semas
Le pont de roses triomphales
Et mis des guirlandes aux mâts.
Je n'en crois pas la grande vague
Qui danse tout autour de nous,
Car tu mis à mon doigt la bague
De l'amour éternel et doux.
Et j'ai, pour guider mon navire
Sur l'océan tempêtueux,
La lumière de ton sourire
Et la lumière de tes yeux !