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1832

Le Vieux Ménétrier breton

Pétrus BOREL

Venez, Bretons, venez sous ces érables, Venez danser au son de nos bignous ; Venez sourire à mes chansons aimables : Dans mon printemps j'ai dansé comme vous ;

Mais je faiblis et penche vers la tombe, Demain, hélas ! mes doigts seront glacés !… Venez apprendre, avant que je succombe, Les vieux refrains dont je vous ai bercés.

Souvenez-vous, enfants de l'Armorique, Que la Bretagne est le champ du repos ; Souvenez-vous que, de son sol magique, La Gaule a vu jaillir mille héros.

La liberté, qui chérit ce rivage, De ses rameaux couvre vos jeunes ans. Des Duguesclin gardez bien l'héritage, Car cette terre est vierge de tyrans !

Sur le sommet de ce roc granitique, Gisent, épars, des autels, des dolmeins. Dans ces forêts, le barde druidique, A VOS aïeux dévoilait leurs destins !

Farouches mœurs ! peuple tout germanique, Qu'ici César reconnaîtrait encor, Votre langage est ce même celtique Qu'à ses guerriers parlait l'Enfant du Nord !

Mais le jour fuit, et les ombres grandissent, Et la vapeur enveloppe nos toits ; Fuyons ces lieux que les esprits chérissent ; Aux noirs sorciers la nuit rend tous leurs droits.

Fuyons ! je vois au loin, sur les montagnes, Les nains danser à l'entour des peulvans ; Et les huars hurlent eu ces campagnes. Fuyons, Bretons, il en est encor temps !

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