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STANCES

Nicolas BOILEAU-DESPRÉAUX

En vain mille jaloux esprits, Molière, osent avec mépris Censurer ton plus bel ouvrage ; Sa charmante naïveté

S'en va pour jamais d'âge en âge Divertir la postérité. Que tu ris agréablement ! Que tu badines savamment !

Celui qui sut vaincre Numance, Qui mit Carthage sous sa loi, Jadis sous le nom de Térence Sut-il mieux badiner que toi ?

Ta Muse, avec utilité, Dit plaisamment la vérité ; Chacun profite à ton école ; Tout en est beau, tout en est bon,

Et ta plus burlesque parole Est souvent un docte sermon. Laisse gronder tes envieux : Ils ont beau crier en tous lieux,

Qu'en vain tu charmes le vulgaire, Que tes vers n'ont rien de plaisant ; Si tu savais un peu moins plaire, Tu ne leur déplairais pas tant.

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