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1697

Vers de Mademoiselle Pascal,

Isaac BENSERADE

IMPRUDENTE Divinité, Injuste et fâcheuse chimère, Dont le pouvoir imaginaire Tourmente une jeune beauté.

Amour, que ton trait est nuisible, Et que tu parois insensible À tant de plaintes et de vœux ! Alors qu’Amarante soupire,

Thyrsis est exempt de tes feux Et ne connoît point ton empire. Tandis que ses yeux innocens Enchantent le cœur d’Amarante,

Et que cette flâme naissante A déjà des effets puissans, Cette belle par une œillade Montre qu’elle a l’esprit malade,

Et qu’elle chérit sa langueur. Mais ta rigueur inconcevable Rend cet adorable vainqueur Autant insensible qu’aimable.

La grâce qu’on voit en son port, Et sa douceur incomparable. Est un écueil inévitable Où sa raison perd son effort.

Son ardeur, qui toujours augmente, Devient enfin si véhémente Qu’elle ne la peut plus cacher : Chacun de nous la voit paroître.

Et le seul qu’elle veut toucher Seul ne sçait pas la reconnoître. Peut-être, s’il sçavoit un jour L’ardeur de cette belle flâme,

La pitié feroit en son âme Ce que n’a jamais pû l’amour. Mais tant de soûpirs qu’elle pousse. Par une voix plaintive et douce,

Ne découvrent point ses désirs ; Son Thyrsis n’y peut rien comprendre, Et ne pousse point de soupirs, Puisqu’il ne les sçait point entendre.

Jeune et capricieux enfant, Que tu te vas donner de blâme ! Pour avoir pu vaincre une femme, Crois-tu te voir plus triomphant ?

Non, non ; mais par cette injustice Tu montres bien que ta malice Est jointe avec peu de pouvoir : Si la force suivoit tes armes,

Thyrsis pourroit s’en émouvoir, Ou du moins connoître tes charmes. Et toy, dont j’ay dépeint l’ardeur, Aimable et divine Amarante,

Si ton âme n’en est contente, Il faut en blâmer ma froideur ; Si ce qui te rend insensée Pouvoit échauffer ma pensée,

J’y travaillerois plus d’un jour ; Mais je suis exempte de blâme, Puisqu’il faut avoir de l’amour Pour mieux discourir de ta flâme.

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