L’INGRATE cause de ma flâme, Pour qui j’ay des soins si constans Qu’elle occupe depuis long-temps Tout mon cœur et toute mon âme ;
Elle que j’aime avec transport, Qui blâme et craint l’amour si fort Qu’elle tremble dès qu’on le nomme, Que fait-elle à l’heure qu’il est ?
Possible entre les bras d’un homme, Et d’un homme qui luy déplaist. Qu’elle est tranquille en mon absence ! Si dans ce commerce importun
Elle ose penser à quelqu’un, Ce n’est pas à moi qu’elle pense, Et dans les momens les plus doux Qu’elle passe auprès d’un époux,
Dont sa personne est possédée, Loin de luy son cœur à l’écart S’émancipe vers quelque idée Où mon amour n’a point de part.
Ainsi, rien de bon ne m’arrive ; Tantôt l’intérêt d’un rival, Tantôt le devoir conjugal, De mes espérances me prive.
Elle a quelque bonté pour moy, Mais la tiédeur que je luy voy Cause mon désespoir extrême. Qu’ay-je à prétendre sur ce point,
Estant toute pour ce qu’elle aime, Et pour ce qu’elle n’aime point ? N’estoit que je suis plein d’audace, Parce que je suis plein d’ardeur,
La place que j’ay dans son cœur Seroit une assez bonne place. Mais de m’y voir comme cela Au milieu de ces Messieurs-là,
Me semble une dure entreprise ; Le poste est des plus délicas, Entre celuy qu’elle méprise, Et celuy dont elle fait cas.
Vous, par moy toûjours adorée, Divine et charmante beauté, Hélas ! que je suis emporté, Et que vous estes modérée !
L’amour que vous tournez en jeu Me fait pour vous sentir un feu Qu’il n’a point pour les autres âmes. Guérissez-moy de mes soupçons,
Et prenez un peu de mes flâmes, Ou me donnez de vos glaçons.
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