PUISQUE vôtre superbe cœur Ne veut plus de tous mes services, Et que ma patiente humeur Se rebute de vos caprices ;
Que vous êtes lasse de moy, Que je veux reprendre ma foy Et vous reprendre aussi la vôtre ; Débarrassez de tant de nœuds,
Disons-nous adieu l’un à l’autre, Et là-dessus rompons tous deux. Réglons-nous mieux à l’avenir Sur toutes nos fautes passées,
Ou mettons-en le souvenir Au rang des choses effacées ; Renvoyez-moy tous mes poulets, Reprenez tous vos bracelets,
Vos bijoux et toute autre chose : Ce sont gages qu’amour a faits ; Et si nous supprimons la cause, Il faut supprimer les effets.
Au reste j’appréhende peu Qu’on m’accuse d’ingratitude : Si vous obligeâtes mon feu, Vous payâtes ma servitude.
J’eus part à vôtre affection, Par ma sotte soûmission ; Et par un tourment incroyable N’a-t-on pas trop cher acheté
Le plaisir le plus délectable Quand il coûte une lâcheté ? Ne craignez pas que mon courroux Affecte une fausse victoire,
Ni que, pour me venger de vous, Il fasse brèche à vôtre gloire : Vous devez en toute façon, Comme vous l’êtes de soupçon,
De la crainte être délivrée ; Il faudroit, pour le mauvais tour, Que vôtre amour vous eût livrée À la mercy de mon amour.
Mais en cela nul ne sçauroit S’armer que d’un faux avantage, Soit qu’il ait été mal-adroit, Soit que vous ayez été sage ;
Même eussiez-vous, ce qui n’est point, Favorisé du dernier point La passion que j’ay sentie, Je ne sçaurois sans lâcheté
Prendre vôtre honneur à partie Contre vôtre infidélité. Non, non, quoy que je veuille agir Contre vous et pour vous déplaire,
Je ne vous puis faire rougir Que de vôtre humeur trop légère ; Aussi n’entreprendray-je pas De ternir icy vos appas
Par une plainte mal formée ; Seulement vous veux-je blâmer De souffrir d’être bien-aimée, Et ne sçavoir pas bien aimer.
Quand le Ciel, par un coup fatal, Nous fit entrevoir l’un et l’autre, Pour nôtre bien, pour nôtre mal, Vous fûtes mienne et je fus vôtre.
Il est vray que je trouvay doux Mille appas qui brilloient en vous À l’éclat de vôtre présence ; Ils m’ébranlèrent un petit ;
Mais vôtre seule complaisance Fut le charme qui m’abbatit. D’un accueil vraiment gracieux Vôtre accueil eut les apparences,
Et dans la douceur de vos yeux Je vis rire mes espérances. Mon cœur fut tout à vôtre gré ; Et quand je vous l’eus consacré
Avec la passion extrême Dont il étoit si travaillé, Vous l’alliez demander vous-même, Si je ne vous l’eusse baillé.
Vous l’eûtes, et je fus ravy De vous en voir la seule reine ; Jamais pauvre cœur asservy N’aima tant ses fers et sa peine :
Ce vous devoit être un trésor, Que vous posséderiez encor, Et tout entier et sans réserve, Si l’amour vous eust enseigné
Cette prudence qui conserve Ce que le mérite a gagné. Mais rien n’est étrange en ce point ; Les fruits d’une grande largesse
Sont des fruits qui ne croissent point Au champ d’une grande jeunesse : Entretenir des feux constans Est une leçon dont le temps
Vous doit faire l’apprentissage. Ainsi, qui vous en contera Ne fera rien qu’à l’avantage Du dernier qui vous aimera.
Le mal est que vôtre beauté, Pour qui maintenant on soûpire, Ne sçaura cette vérité Que sur la fin de son empire ;
Enfin vous voudrez essayer Pour vôtre profit employer Cette nécessaire science ; Il sera trop tard quelque jour,
Et vous aurez de la constance Lorsque l’on n’aura plus d’amour. N’allez pas vous imaginer Que ce que vous venez d’entendre
Soit afin de vous détourner Du dessein que je vous voy prendre. Il me plaît, puisqu’il vous a plû ; Comme vous j’y suis résolu ;
Si c’est vôtre honneur, c’est ma gloire ; Et de bon cœur je vous promets, Si vous en perdez la mémoire, De ne m’en souvenir jamais.
On auroit tort de vous blâmer. Chacun suivant ce qu’il veut suivre ; Sans nous voir et sans nous aimer, Nous n’avons pas laissé de vivre ;
Et comme il m’importe bien peu, Aprés avoir éteint mon feu, Qu’avec vous tout le monde en rie, Souffrez, dans le temps que je perds,
Que j’en fasse une raillerie, Aprés en avoir fait des vers.
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