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1697

Réponse aux vers précédens,

Isaac BENSERADE

QUE ce trait d’un esprit adroit comme le vôtre Est délicat et doux, Et que vous feignez bien de parler pour un autre, Quand vous parlez pour vous !

Que vos vers sont ardens, que leur pompe est brillante, Et qu’ils sont radoucis ! Il n’en faut point douter, vous êtes l’Amarante, Et je suis le Thyrsis.

Ils sont de vous à moy, ces vers que chacun louë, Et ne le niez plus ; Pensez à la rougeur qui vous a peint la jouë Dès que je les ay lus.

Pendant que je voyois cette œuvre d’importance, D’un jugement bien sain, Vous tâchiez d’observer si mon intelligence Alloit jusqu’au dessein.

Mais je n’eusse pas crû qu’il eût été possible Qu’on eût si tôt aimé ; Et qu’un sein à l’amour fût devenu sensible Avant qu’être formé.

Je pensois vous apprendre une aimable science, Quand il en seroit temps, Et je vous attendois avec impatience À l’âge de quinze ans.

Que de fâcheux détours ma passion évite ! Mon espérance rit De voir que tout se hâte, et que le cœur va vîte De même que l’esprit.

Nous sommes l’un pour l’autre, et nos âmes blessées Font de pareils soûpirs ; Le Ciel, même en naissant, fit rimer vos pensées Avecque mes désirs.

Joignons-nous donc enfin d’un lien nécessaire À la postérité : En travaillant tous deux, nous ne sçaurions rien faire Que pour l’Éternité.

À la fin mon esprit, d’une adresse assez prompte, En a trouvé le nœud, Et j’ay veu dans vos yeux je ne sçay quelle honte Parmy beaucoup de feu.

Aussi, quoique ces vers soient exempts d’infamie, Pour être trop parfaits, Il est bon d’assurer que c’est pour une amie Que vous les avez faits.

Un semblable prétexte est bon pour peu qu’il vaille, Et doit être permis ; Quand j’écris, de vôtre air, je dis que je travaille Pour un de mes amis.

Qu’une fille à treize ans d’amour soupire et pleure, C’est souvent un défaut ; Mais pour une qui fait des vers de si bonne heure. C’est vivre comme il faut.

Encore que je tienne à faveur singulière L’aveu fait en ce jour, J’ay honte qu’une fille ait esté la première À me parler d’amour.

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