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1697

Regrets.

Isaac BENSERADE

AINSI Calinice, dolent, Formoit en son mal violent Moins de paroles que de larmes, Quand, malgré tout autre pouvoir,

Son amour opposoit ses armes À celles de son désespoir. Destins ennemis et jaloux, À quelle fin m’ordonnez-vous

D’aimer avec persévérance, Permettant pour mes déplaisirs, Que la mort de mon espérance Laisse la vie à mes désirs ?

Que rigoureuses sont vos loix Astres impiteux à ma voix, Ou que mon offense est extrême ! Vous voyez sans me secourir,

Qu’on me sépare de moy-même, Et vous m’empêchez de mourir. Au moins cette grande beauté Sçauroit alors la cruauté

Que souffre mon âme contrainte ; Et si l’excès de ma douleur Cause le défaut de ma plainte, Ma mort luy diroit mon malheur.

Dieux ! pour l’honneur de vos autels, Venez condamner les mortels Aussi-bien que mon cœur aux flâmes ; Vos offices vous sont ostez,

On veut assujettir les âmes, Et disposer des volontez. La foy ni l’inclination N’obligent pas l’affection,

Sans que la grandeur l’importune ; Et par un malheur de nos jours, Les dignitez de la fortune Sont les doux charmes de l’amour.

Amour, quelle est ta déité, Si de la fortune agité Contr’elle enfin tu te consommes ? C’est la maîtresse de ces lieux,

Qui ne régnant que sur les hommes, N’a point d’empire sur les Dieux. Tu cèdes aux rigueurs du sort, Et je reste sans reconfort

Aux injures de ta défaite ; Je te voy, superbe vainqueur, Contraint de faire la retraite, Mais c’est toûjours dedans mon cœur.

L’image de perfections, Qui cause mes afflictions, Seule me console et m’attire ; Souffrant avec tant de raison,

Je favorise mon martyre Et déteste ma guérison.

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