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1697

Pour les Filles de la Reine.

Isaac BENSERADE

BELLES, dont les regards vont dépeupler l’État, Aprés l’avoir mis dans les chaînes, Qui servez nôtre Reine avecque tant d’éclat, Et que l’on sert toutes en Reines ;

Je suis bien glorieux que vous comptiez mes pas, Pour mieux prendre garde à mes chûtes, Et qu’entre vous, mon cœur augmente vos débats, Et fasse une de vos disputes.

L’une, assure que j’ai de l’inclination, Et l’autre de l’indifférence ; Ainsi l’une me plaît de sa présomption, Et l’autre de sa deffiance.

Je suis prêt pour vous plaire, à confirmer ces bruits ; Oüy, j’ai des passions secrètes ; Vous ne m’ôteriez pas de la peine où je suis, Comme moi de celle où vous êtes.

J’aime, et je porte un cœur sensible à tous les coups Des beaux objets que je contemple ; Et puis je ne vois rien, qui s’aprochant de vous, Ne m’en favorise l’exemple.

Je n’entends que sanglots, pour vôtre cruauté Qui refuse la moindre œillade, Et parmi tant de maux, j’aurois trop de santé, Si je n’étois un peu malade.

Bien mieux que l’intérêt, vos charmes à la cour Attirent la foule importune ; Et dans le cabinet, on tient plus à l’amour, Qu’on ne s’attache à la fortune.

On s’y plaint tout le jour, on s’y plaint tout le soir, On y languit, on y frissonne ; Et chacun s’y réchauffe à l’entour d’un espoir Qui ne réussit à personne.

Parmi tant de soupirs, si brûlans et si doux, Et dont vous tenez peu de compte, On sçait bien, qu’un soupir qui ne va point à vous, Doit en chemin mourir de honte.

Mais aussi les mieux faits, et les meilleurs esprits, Vous ont présenté leurs franchises ; Et moi qui les connois, de qui serois-je pris, Puisque vous êtes toutes prises ?

Ce n’est pas qu’entre nous, sans un peu de rigueur, Ma raison ne se pût abattre, Et si je m’en croyois, dans le fond de mon cœur, Je me ferois tenir à quatre.

Je vois du blond, du brun, qui pourroit m’attacher, De la douceur, de l’innocence, Du jeune, du brillant ; et même à bien chercher J’y trouverois de la prudence.

Mais j’ai trop à choisir, et je crains l’embarras Qu’aux amans vôtre joug prépare : Quand vous gagez que j’aime, et que je n’aime pas, Vous voulez que je me déclare.

Je mettrai, s’il vous plaît, mes vœux en autre lieu, Et jure à vos beautez parfaites De prendre la soutane, et rendre grâce à Dieu Pour les grâces qu’il vous a faites.

Le monde trop long-temps tint mon cœur en dépôt, Je fuis ces dangereuses routes ; Et j’espère d’avoir les Ordres assez-tôt, Pour vous pouvoir marier toutes.

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