LISEZ - LES devant mon rival, Ces vers où je me plains de l’humeur dont vous estes ; Et riant avec luy du sujet de mon mal, Songez quel honneur vous vous faites.
S’il vous aime, il n’aimera point Cette humeur, quoy-qu’enfin il y trouve son compte ; Et je ne pense pas que jamais sur ce point Vous luy puissiez faire un bon conte.
Dites-luy qu’avec peu d’effort Vous rompez les liens d’une amour infinie ; S’il en rit de bon cœur et qu’il vous aime fort, Il est de bonne compagnie.
Il en a beau faire le fin, Si ma chute luy plaît, l’exemple l’importune ; Quelque établi qu’il soit, peut-estre mon chagrin Fait trembler sa bonne fortune.
Quand l’objet est léger et vain, Le dernier soûpirant se doit tenir alerte ; Qu’auroit-il plus que moy ? j’ay fait le même gain, Il peut faire la même perte.
Chacun débite sa douceur, Chacun, en fait d’amour, se supplante et se choque ; Et je gage déjà que de mon successeur Quelqu’un regarde la défroque.
À vôtre gré prenez l’essor, Je n’en murmure point, ce n’est plus mon affaire ; Mais, entre nous, combien prétendez-vous encor Avoir d’inconstances à faire ?
Tout passe, les attraits s’en vont ; Et quand vous n’aurez plus cette grande jeunesse, Eussiez-vous, s’il se peut, un caprice plus pront, On vous gagnera de vîtesse.
S’il reste vers ces derniers temps Quelque trait à vos yeux de leurs traits adorables, Ils vous feront au moins tout autant d’inconstans Que vous faites de misérables.
Pour vous payer, on vous rendra Cette infidélité qui n’épargnoit personne ; Et de vôtre printemps la faute deviendra Le supplice de vôtre automne.
Vous verrez avecque rougeur Vos charmes ne donner que de foibles atteintes ; Et nous pourrons bien voir quelque mépris vengeur Naître de vos grâces éteintes.
Mais malgré le dépit que j’ay, Le ciel garde pourtant vôtre beauté parfaite ; Encore que je sois un amant outragé, Je désire estre un faux prophète.
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