REINE du plus doux des climats, L’Ambassadeur vers les frimats Recevra, devant qu’il s’éloigne, Vos ordres pour Suède et Pologne ;
Et prendra congé du fauxbourg Devant qu’il passe par Hambourg, Puisque chez vous on se dispose À le charger de quelque chose.
Son équipage, et ses mulets, Sont déjà partis pour Calais, Où doit l’attendre son navire ; Et dés l’heure qu’on entend dire :
C’est le train de l’ambassadeur, Partout se fait grande rumeur ; Les gens courent à la fenêtre : Mais quand il ne vient à paroître,
Qu’un peigne dedans un chausson, Ils pestent d’étrange façon ; Et disent, voyant ce cortège : Foin de l’ambassadeur de neige,
Il nous a bien attrapez là. Que pourroit-on faire à cela ? Pauvreté, dit-on, n’est pas vice ; Dieu sçait, si c’est par avarice
Que je marche à si peu de frais, Et fais de si légers apprêts : Comme je vois qu’on ne me prête, Pour mes bardes, nulle charette,
Est-ce pas bien fait d’en charger Un des chevaux du messager, Qui gémit sous ce poids extrême, Et m’a pensé porter moi-même,
N’étoit qu’il est rude au galop, Et que j’ai crû que c’étoit trop D’être ambassadeur grave et sage Tout-ensemble, et coq de bagage.
Pourtant, si vous voulez qu’enfin Je porte jusqu’à my chemin Ce que vous n’envoyez qu’à peine Au gros mary de vôtre reine,
J’en viendrai bravement à bout : Et je me chargerai de tout, Sans qu’il me soit fait nul reproche, Pourvû que tout puisse en ma poche :
Car Bias, portant tout sur soi, N’étoit pas plus Bias que moi. J’ai linge, ustancille, dépêche, J’ai mainte nipe qui m’empêche ;
Tous mes habits sont sur ma peau, Bref, je suis mon porte-manteau.
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