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1697

Glose de Monsieur Sarrasin,

Isaac BENSERADE

MONSIEUR Esprit, de l’Oratoire, Vous agissez en homme saint, De couronner avecque gloire Job de mille tourmens atteint.

L’Ombre de Voiture en fait bruit, Et s’étant enfin résoluë De vous aller voir cette nuit, Vous rendra sa douleur connuë.

C’est une assez fâcheuse vûë, La nuit, qu’une ombre qui se plaint. Vôtre esprit craint cette venuë, Et raisonnablement il craint.

Pour l’appaiser, d’un ton fort doux Dites : J’ay fait une bévuë, Et je vous conjure à genoux Que vous n’en soyez point émûë.

Mettez, mettez vôtre bonnet, Reprendra l’Ombre, et sans berluë Examinez ce beau sonnet, Vous verrez sa misère nuë.

Diriez-vous, voyant Job malade, Et Benserade en son beau teint : Ces vers sont faits pour Benserade, Il s’est luy-même ici dépeint ?

Quoy, vous tremblez, Monsieur Esprit ! Avez-vous peur que je vous tuë ? De Voiture qui vous chérit Accoutumez-vous à la vûë.

Qu’ay-je dit qui vous peut surprendre Et faire pâlir votre teint, Et que deviez-vous moins attendre D’un homme qui souffre et se plaint ?

Un auteur qui dans son écrit Comme moy, reçoit des offenses, Souffre plus que Job ne souffrit, Bien qu’il eut d’extrêmes souffrances.

Avec mes vers, une autre fois, Ne mettez plus dans vos balances, Des vers où sur des palefrois On voit aller des patiences.

L’Herty, le Roy des gens qu’on lie, En son temps auroit dit cela ; Ne poussez pas vostre folie Plus loin que la sienne n’alla.

Alors l’Ombre vous quittera Pour aller voir tous vos semblables ; Et puis chaque Job vous dira S’il souffrit des maux incroyables.

Mais à propos, hier, au Parnasse, Des sonnets Phœbus se mêla, Et l’on dit que de bonne grâce Il s’en plaignit, il en parla.

J’aime les vers des Uranins, Dit-il ; mais je me donne aux diables Si, pour les vers des Jobelins, J’en connais de plus misérables.

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