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Contre une Vieille.

Isaac BENSERADE

QUOY ! vous vous mariez, douce et tendre mignonne, Et ne l’avez encore été ! Je ne voy rien pourtant dessus vôtre personne Qui ne prêche la chasteté.

Pour de l’âge, on sçait bien que vous n’en manquez guère, Et, vôtre visage est garant, Que ce qu’on fait pour vous se pouvoit fort bien faire Du règne de Henry le Grand.

Vous éloignant d’icy, les bontés de la Reine Ont purgé ce noble séjour ; De même qu’un torrent, vôtre sortie entraîne Toute l’ordure de la Cour.

Celuy qui vous épouse, en témoignant sa flâme, N’établit pas mal son renom : Qui s’est bien pû résoudre à vous prendre pour femme Ira bien aux coups de canon.

Comme vous n’êtes plus qu’une vieille relique, L’objet de la compassion, Dés qu’on dit que sur vous un Sacrement s’applique, On pense à l’Extrême-Onction.

Qui se lie avec vous espère un prompt veuvage ; Et sans doute ce pauvre Amant Prétend que le contrat de vôtre mariage Passe pour vôtre Testament.

Vous seriez bien sa mère, et la foy conjugale Est mal placée entre vous deux ; L’inceste est en effet une chose si sale, Que le portrait en est hideux.

Les plus intemperez de vôtre bonne grâce Ne bailleroient pas un teston, Et l’on peut faire état qu’on est à la besace Quand on vous touche le teton.

Souffrez ce petit mot, sans traiter de satire Un style si franc et si doux : Vous êtes en un point où l’on ne peut médire, Quelque mal qu’on dise de vous.

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