Skip to content
1697

À Mademoiselle de Guerchy, contre Mariamne.

Isaac BENSERADE

OUI, je vous dis et vous répète Que Mariamne étoit coquette, Et n’eut pu se passer d’amant. Ce n’est point médisance noire ;

Et je m’en rapporte au roman Où vous croyez mieux qu’à l’histoire. Son âme ne fut point ingrate Aux passions de Tiridate,

Qui fut l’un de ses favoris ; Et c’est d’elle que vient la mode De faire enrager les maris, Alors qu’ils sont vieux comme Hérode.

Lorsque ce livre enseigne comme Elle baisa ce galant homme, Dieu sçait ce qu’entend le lecteur : Et vous-même êtes assez fine

Pour vous imaginer l’auteur Plus modeste que l’héroïne. On ne pouvoit vivre avec elle : Hérode et toute sa séquelle

Lui passèrent pour des dragons : Bref, sa conduite impertinente Eût, je crois, fait sortir des gonds Madame votre gouvernante.

La pauvre dame toute bonne Eût vu cette fière personne Sans cesse la contrarier ; Et dans son humeur inquiète

Eût trouvé pis que le brasier, Et pis que les brins de vergette. Elle aimoit, elle étoit aimée. Mais épargnons la renommée,

Et laissons-la pour ce qu’elle est : Suffit que c’est un sot modèle, Et qu’on a beaucoup d’intérêt Que vous ne soyez pas comme elle.

De grâce, m’allez pas redire Que j’en ai fait une satire, Où je la mets en beaux draps blancs, Et que mes muses libertines

Ont après quelques deux mille ans Mis Mariamne aux Feuillantines.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.