MIGNONNE, je m’adresse à vous, Je vous écris d’un style doux, Vous verrez ma lettre ; et possible Ne serez-vous pas insensible,
Ni fière jusques à ce point De lire, et ne répondre point. N’imitez pas vôtre Maîtresse : Vous êtes chienne, elle est tigresse ;
Et par tous païs je maintiens Tigres plus incivils que chiens. À sa plume mettez la patte ; Apprenez à vivre à l’ingrate,
Qui me traite en petit marmot Lorsque gens ne luy disent mot. Je croy qu’afin de la confondre Les bêtes peuvent bien répondre.
Mandez-moy quels sont vos ébats, Et si vous ne reposez pas Toutes les nuits seule avec elle, Comme sa compagne fidelle,
Car j’aurois beaucoup de dépit Si vous étiez trois dans un lit. Dessus ce point, ma fantaisie Penche fort à la frénésie ;
Cela me trouble, et c’est pourquoy, Levez la patte, et jurez-moy, En noble et fidelle Épagneule, Que vous y couchez toute seule.
Que dis-je ? elle a le cœur trop bon, Et je luy demande pardon ; Il est de fort mauvaise grâce Ce soupçon, et fait que je passe
Pour le plus fou de tous les foux : Mais, mignonne, je suis jaloux ; Ce mal trouble bien des cervelles, Et vous m’en direz des nouvelles
Lorsque vous serez en chaleur, Si vous tombez en ce malheur. Cependant faites bien la ronde : Aboyez bien à tout le monde,
Et me tirez à belles dents Tous ces curieux regardans. Ne vous acharnez pas aux cottes, Comme aux canons et comme aux bottes
De ces téméraires badins, Et point de quartier aux blondins. Vers le lit faites bonne garde, N’y souffrez pas qu’on la regarde ;
Et paroissez aux plus hardis Un Cerbère de paradis. Mignonne, adieu, soyez certaine Qu’il n’est ni princesse ni reine
Avec laquelle il fût si doux De coucher comme avecque vous.
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