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1885

Trottinette

Henri BEAUCLAIR

Elle trotte, voyez, le long des boulevards, Sa robe chiffonnée a des froufrous bavards. Elle s'arrête aux devantures, Donnant quelques regards aux bijoux, aux chapeaux,

Elle est de celles qui cheminent, sans repos, A la recherche d'aventures. Oh ! quand son œil vous fixe, on est vite perdu ! Pour résister, il faut avoir de la vertu

Ou le vide en son escarcelle ; L'œil de Donato fait le contraire du sien, Elle réveillerait un académicien ! Gare à celui qu'elle harcèle !

Certes, le vieux Lévy, banquier juif du Marais, La rencontrant le soir quand il prenait le frais, A fait souvent le malhonnête. Bien vite, il oubliait sa folie ? Hélas ! non.

Car il a fait ce rêve extravagant, sans nom, Avoir le cœur de Trottinette ! Oui, ce juif, pour avoir, à lui, ce cœur, oh ! tel Est son désir, il eût donné petit hôtel,

Chevaux, voitures, écuries, Et laquais, et cochers, et grooms, et caetera, Avant-scène aux Français et loge à l'Opéra, Et des coffrets de pierreries !

Il eût donné les clefs de tous ses coffres-forts. Et si, touchée enfin par de pareils efforts, Trottinette avait dit : Espère ! S'il l'eût fallu, devant l'univers étonné,

Oh ! pour avoir ce cœur, il eût vendu, donné, Le prépuce de son grand'père ! Ce n'est point un banquier, c'est un mec à l'œil noir Qui tient ce cœur, et s'est fait payer pour l'avoir,

Car il sait le prix des conquêtes ! Un mec est un gaillard qui n'a rien des chapons, Au visage encadré d'une casquette à ponts, Et de soyeuses rouflaquettes !

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