Rose, la petite servante
De la ferme des Trois-Ormeaux,
Est une vertu décevante,
Dont l’œil bleu cause bien des maux.
Elle a de si charmantes poses !
Et puis, le dimanche au sermon,
Rose arbore des rubans roses
Et des airs de petit démon.
Les gars font cercle sur la place,
Les mains propres et bien rasés,
En attendant que Rose passe.
Rose refuse leurs baisers.
Un Don Juan, fier sous sa blouse,
Lui dit : « Viens au bois un moment,
Puis je jure que je t’épouse ! »
Mais Rose sait très bien qu’il ment.
On murmure que le vicaire
Cherche à prêcher aux Trois-Ormeaux.
Rose ne s’effarouche guère
Et rit très fort de ses grands mots.
Rose va, narguant tout le monde,
Très sage, on ne peut le nier.
C’est le temps de la neige blonde,
Il pleut des fleurs de marronnier !
Rose va, le chemin rayonne
De soleil, de parfums, de chants.
Tout sourit. Et Rose, mignonne,
Donne un sourire aux vieilles gens.
Que deviendra — t-elle ? Sans doute,
Elle est sage. Mais, que sait-on ?
Ou Rose se fera Moumoute
Ou bien deviendra Jeanneton.
Et qu’elle soit grosse fermière
Et femme de quelque lourdaud,
Ou que je la rencontre, fière,
Assise au fond de son landau,
La Phryné superbe et savante,
La mère d’un tas de marmots,
N’auront plus rien de la servante
De la ferme des Trois-Ormeaux !