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1885

La Cueillette

Henri BEAUCLAIR

Le jour tombe ; le gaz s'allume. Voici l'heure où monsieur Poisson Va venir demander rançon A la marmite qu'il écume.

On voit trottiner, dans le soir, Des marcheuses déguenillées. Cueillez, cueillez, ô maquillées, Des michés le long du trottoir !

Psitt ! par ici, vous verrez comme Chez nous vous serez bien reçu. Vous paraissez assez cossu, Venez un peu, mon beau jeune homme !

Là bas, un gaillard à l'œil noir Attend que vous soyez payées. Cueillez, cueillez, ô maquillées Des michés le long du trottoir !

C'est pendant ce temps-là que Rose Et son amoureux vont au bois. — «Ah ! pauvre trotteuse, autrefois, Ne fis-tu point la même chose ?»

— Du sentiment ! va donc t'asseoir ! O les baisers sous les feuillées ! Cueillez, cueillez, ô maquillées, Des michés le long du trottoir !

Oui, C'est l'heure où dans l'atmosphère, Passent des essaims de baisers. Jean dit à Rose : «Si j'osais !» Il ose, et Rose laisse faire !

Et les dryades, pour les voir Sortent du bois, émerveillées. Cueillez, cueillez, ô maquillées, Des michés le long du trottoir !

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