Citadin, je me sais des vôtres, paysans ! Je tiens de parchemins — des actes de notaire — Que tous mes ascendants ont labouré la terre. Mes titres de roture ont plus de trois cents ans.
Je songe quelquefois quels deuils et quelles peines Subirent tous ceux-là qui portèrent mon nom, Combien de leurs sueurs tomba dans le sillon Avant que leur sang pur vînt couler dans mes veines.
ur le sol que, vivants, ils ont ensemencé, Auquel, morts, ils ont tous apporté leur dépouille, Voici que, fils reconnaissant, je m'agenouille Et je sens sourdre en moi leur lumineux passé.
J'ai fait miens vos tourments et votre joie, ancêtres ! Et vous, qui n'êtes plus que poussière et néant, Comme à des morts d'hier je pense à vous souvent. Je vous évoque en mes promenades champêtres.
C'est parce que vos bras ont levé des fardeaux Que ma poitrine est large et mon torse robuste ; Et si j'ai su, parfois, montrer l'àme d'un Juste, C'est que le Mal ne germa point dans vos cerveaux !
C'est parce que vos yeux ont contemplé sans cesse Les arbres, les ruisseaux, le ciel et les moissons Que j'ai compris la majesté des Parthénons Et qu'en mon Verbe l'on trouva quelque noblesse !
Vous aviez l'esprit clair, ô subtils paysans ! Vous ne prononciez pas de phrases inutiles… C'est à vous que je dois d'avoir pu, dans les villes, Parmi tant d'agités garder quelque bon sens.
Vous m'avez montré, vous qui besogniez sans trêve. Préparant en hiver les espoirs de l'été, Qu'on trouve le bonheur dans la simplicité Et que l'action doit accompagner le rêve.
De même qu'en allant aux champs vous écoutiez Fauvettes et pinsons gazouiller sur la branche. J'écoute, en travaillant, la Muse qui se penche A mon oreille et dit des vers vite oubliés…
Ignorants des vapeurs et de la nostalgie, Aïeux que je n'ai point connus, lointains amis. Ne puis-je vous aimer, vous qui m'avez transmis, A défaut de fortune, un trésor d'énergie ?
J'écris ces vers comme on érige un monument. Ainsi que l'on place un ex-voto dans un temple, Voulant que mes enfants y trouvent un exemple, Eux qui sont, dans votre descendance, un Moment !
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