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1861

Obsession

Charles Baudelaire

Grands bois, vous m’effrayez comme des cathédrales ; Vous hurlez comme l’orgue ; et dans nos cœurs maudits, Chambres d’éternel deuil où vibrent de vieux râles, Répondent les échos de vos De profundis.

Je te hais, Océan ! tes bonds et tes tumultes, Mon esprit les retrouve en lui ! Ce rire amer De l’homme vaincu, plein de sanglots et d’insultes, Je l’entends dans le rire énorme de la mer.

Comme tu me plairais, ô Nuit ! sans ces étoiles Dont la lumière parle un langage connu ! Car je cherche le vide, et le noir, et le nu ! Mais les ténèbres sont elles-mêmes des toiles

Où vivent, jaillissant de mon œil par milliers, Des êtres disparus aux regards familiers.

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