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1861

Le Vampire

Charles Baudelaire

Toi qui, comme un coup de couteau, Dans mon cœur plaintif est entrée ; Toi qui, forte comme un troupeau De démons, vins, folle et parée,

De mon esprit humilié Faire ton lit et ton domaine ; — Infâme à qui je suis lié Comme le forçat à la chaîne,

Comme au jeu le joueur têtu, Comme à la bouteille l’ivrogne, Comme aux vermines la charogne, — Maudite, maudite sois-tu !

J’ai prié le glaive rapide De conquérir ma liberté, Et j’ai dit au poison perfide De secourir ma lâcheté.

Hélas ! le poison et le glaive M’ont pris en dédain et m’ont dit : « Tu n’es pas digne qu’on t’enlève À ton esclavage maudit,

Imbécile ! — de son empire Si nos efforts te délivraient, Tes baisers ressusciteraient Le cadavre de ton vampire ! »

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