Skip to content
1861

Le Jet d’eau

Charles Baudelaire

Tes beaux yeux sont las, pauvre amante ! Reste longtemps sans les rouvrir, Dans cette pose nonchalante Où t’a surprise le plaisir.

Dans la cour le jet d’eau qui jase Et ne se tait ni nuit ni jour, Entretient doucement l’extase Où ce soir m’a plongé l’amour.

La gerbe épanouie En mille fleurs, Où Phœbé réjouie Met ses couleurs,

Tombe comme une pluie De larges pleurs. Ainsi ton âme qu’incendie L’éclair brûlant des voluptés

S’élance, rapide et hardie, Vers les vastes cieux enchantés. Puis, elle s’épanche, mourante, En un flot de triste langueur,

Qui par une invisible pente Descend jusqu’au fond de mon cœur. La gerbe épanouie En mille fleurs,

Où Phœbé réjouie Met ses couleurs, Tombe comme une pluie De larges pleurs.

Ô toi, que la nuit rend si belle, Qu’il m’est doux, penché vers tes seins, D’écouter la plainte éternelle Qui sanglote dans les bassins !

Lune, eau sonore, nuit bénie, Arbres qui frissonnez autour, Votre pure mélancolie Est le miroir de mon amour.

La gerbe épanouie En mille fleurs, Où Phœbé réjouie Met ses couleurs,

Tombe comme une pluie De larges pleurs.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
Le Jet d’eau · Charles Baudelaire · Poetry Cove