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1861

La Muse malade

Charles Baudelaire

Ma pauvre Muse, hélas ! qu’as-tu donc ce matin ? Tes yeux creux sont peuplés de visions nocturnes, Et je vois tour à tour s’étaler sur ton teint La folie et l’horreur, froides et taciturnes.

Le succube verdâtre et le rose lutin T’ont-ils versé la peur et l’amour de leurs urnes ? Le cauchemar, d’un poing despotique et mutin, T’a-t-il noyée au fond d’un fabuleux Minturnes ?

Je voudrais qu’exhalant l’odeur de la santé Ton sein de pensers forts fût toujours fréquenté, Et que ton sang chrétien coulât à flots rhythmiques, Comme les sons nombreux des syllabes antiques,

Où règnent tour à tour le père des chansons, Phœbus, et le grand Pan, le seigneur des moissons.

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