Skip to content
1861

L’Invitation au voyage

Charles Baudelaire

Mon enfant, ma sœur, Songe à la douceur D’aller là-bas vivre ensemble ! Aimer à loisir,

Aimer et mourir Au pays qui te ressemble ! Les soleils mouillés De ces ciels brouillés

Pour mon esprit ont les charmes Si mystérieux De tes traîtres yeux, Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté. Des meubles luisants, Polis par les ans,

Décoreraient notre chambre ; Les plus rares fleurs Mêlant leurs odeurs Aux vagues senteurs de l’ambre,

Les riches plafonds, Les miroirs profonds, La splendeur orientale, Tout y parlerait

À l’âme en secret Sa douce langue natale. Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux Dormir ces vaisseaux Dont l’humeur est vagabonde ; C’est pour assouvir

Ton moindre désir Qu’ils viennent du bout du monde. — Les soleils couchants Revêtent les champs,

Les canaux, la ville entière, D’hyacinthe et d’or ; Le monde s’endort Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
L’Invitation au voyage · Charles Baudelaire · Poetry Cove