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1895

TOI

Henri BARBUSSE

Dans le crépuscule fané, Lorsque le soleil t'abandonne, J'ai ta vérité qui rayonne Sur ma pâleur d'illuminé.

Je t'aime, ma vie est sauvée Sois dure, sois lâche toujours… Dans le grand vertige des jours Je règne de t'avoir trouvée !

En vain tu me chasses de toi, Quand vague et las, je t'ai servie, Tu m'accueilles avec ta vie Et ta splendeur est devant moi !

Je t'aime tant, Insatisfaite, Que le silence est radieux… Et qu'à chaque heure, dans tes yeux Je sens que ton âme est en fête !

Tu peux, froide, charger mon faix, Tu peux m'insulter, me maudire ; Malgré toi je sens ton sourire Sur les pauvres pas que je fais.

Malgré toi, ta grâce pardonne Le dédain que tu m'as jeté. Comment veux-tu que ta beauté Sois méchante puisqu'elle est bonne…

Et toi qui n'as jamais été Qu'altière aux heures attendries, Je vis, et c'est toi qui m'en pries, Je vis, et c'est, ta volonté.

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