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1895

RETOUR

Henri BARBUSSE

Nous visiterons lentement Notre existence douce et lasse, Comme un vieux voyageur qui passe Dans un très vieil appartement.

Pleins de rêves mélancoliques, Éveillons les espoirs tremblants En nous promenant à pas lents Parmi les chambres pacifiques !

Passons où nous avons passé ; Par la large et pâle fenêtre Un peu de lumière pénètre Dans la fatigue du passé.

Nous aurons des caresses d'ombres, Et des appels silencieux, Et nous sentirons sur nos yeux Le regard triste des coins sombres.

La petite chambre est bien vide. Elle nous reconnaît un peu ; Elle est demi-morte d'adieu, Demi-morte et demi-timide…

La douceur de ce jour d'été Erre dans l'antique silence… Elle exauce ma pauvre enfance Et la bénit de vérité !

Je pleure l'âme répandue, La foi, le rêve abandonné, Et le mur est illuminé De toute la fête perdue…

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