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1895

PRIÈRE A SOI

Henri BARBUSSE

Après la fête automnale, Rempli d'une horreur d'espoir, Je reviens, vision pâle, Dans mon soir !

On dirait que les champs meurent, Au soleil illimité. Je m'arrête ; mes yeux pleurent De beauté.

La terre est une prière, L'ombre s'est mise à genoux, Et je sens que la lumière Vient à nous.

Je vais, je vais reconnaître Le seuil docile, éternel, Les murs gris, et la fenêtre Dans le ciel.

Et près de la vitre éclose On peut me voir un moment, M'incliner vers toute chose Tristement.

Et voilé du long silence, Tremblant de faim et de froid, Je comprends, angoisse immense, Que c'est moi !

Le pauvre monde m'implore, L'ombre est l'ombre d'autrefois… Mes bras s'étendent, j'adore, Et je crois.

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