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1895

LE SOMMEIL

Henri BARBUSSE

Tandis qu'au milieu du silence Tu t'endors sous le rideau noir, Je sens éclore ton absence Dans la grande chambre du soir.

Quelle immense pitié se lève, Pauvre ange aux yeux clos, à te voir Lorsque tu dors, blanche de rêve, Auprès de moi triste du soir.

Tu ne me connais plus, ma reine, Tout entière à l'espoir tremblant Ta petite main tient à peine La douce vie et le drap blanc.

Et je reste seul, et je pense Que tu rêves bien loin du jour, Et que ton repos est immense Et divin comme notre amour !

Nous en avons comme un présage Au fond des soirs mystérieux, Lorsque notre âme fait naufrage Dans la fatigue de nos yeux.

Je suis seul parmi toutes choses, Hélas, tout se tait devant moi, Et ta figure aux lèvres closes Est comme un souvenir de toi.

Je te vois tranquille et sans geste, Ton sourire s'est effacé… On dirait l'adieu qui vous reste Quand on est seul dans le passé.

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