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1895

LE MORT

Henri BARBUSSE

Il dort dans sa fête d'aïeul. Sur le mur, c'est la même estampe ; La chambre n'attend plus la lampe, Et le soir semble entrer tout seul.

Tout bruit s'est tu — Le lit est mort ; Simplement, le rideau se penche. Seule — sur la poitrine blanche La croix d'ébène pense encor.

Tout doucement c'est lui qui règne. L'ombre implore ses regards clos. Voici sur son front en repos Le malheur de la nuit qui saigne.

Et le silence, hymne qui dort, Le transfigure d'un vieux charme. Il est dans la beauté des larmes, Et nous, nous sommes dans la mort…

Consolé, c'est lui qui console Les pauvres choses de toujours… Dans la morne clarté des cours Le monde contemple l'idole

Il est comme au cœur de l'adieu Que fait la terre ténébreuse ; Sa chair est calme et bienheureuse Et mort, c'est lui qui croit en Dieu !

Vers lui va toute voix qui chante, Tout amour béni de souffrir… Le soir achève de mourir Sur sa tranquillité vivante.

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