Tu fus la femme : faible et forte, Et vibrante comme un souhait ; Celle qu'on aime et que l'on hait, Et maintenant, te voilà morte.
Comme un éclair, comme un signal, La mort passa, la mort savante, Avec le collier d'épouvante Qu'elle a mis sur ton cou royal.
Oh ! la nuit de fièvre et de larmes, Quand tu luttais pour le soleil Ta tête est pleine de sommeil, Tes bras gisent comme des armes.
Tu ne sais plus ce que je veux ; Ton front aveugle me dédaigne, Vision de pâleur que baigne La mer morte de tes cheveux.
J'ai vu tes deux lèvres de pierre Pleines d'un silence hagard, Et l'étoile de ton regard Sous les longs cils de ta paupière,
Ô toi qui n'as plus d'horizon, Qui restes calme et sans colère Comme la brume qui m'éclaire Quand je reviens dans ma maison !
Le soir tombe avec sa rosée, La paix glisse du firmament, Tu t'abandonnes doucement À la terre où l'on t'a posée.
Elle connaît tous les amours ; Ton corps si frêle est sous sa mousse ; Elle a gardé ta mort si douce Dans le grand deuil qu'elle a toujours
Elle est la berceuse des râles, La reine et la communion ; Elle a des gestes d'union Plus doux encor que tes bras pâles.
C'est l'heure auguste des aveux ; C'est la nuit, c'est la nuit humide Qui caresse ton front placide, Et qui pleure dans tes cheveux.
La nuit ! toute ton indolence, Toute ton âme et tous tes yeux ! Elle a des mots silencieux, Et tu ne sais que le silence !
Sous le ciel glacial et lourd, Tu raidis tes membres funèbres, Sentant passer dans les vertèbres Le grand tourment du grand amour.
Tu remplis l'ombre sans secousse, Ses baisers montent sur ta chair, Sa caresse est comme la mer, Éternelle, tremblante et douce.
C'est l'amour enfin reposé Dans l'éternité de l'ivresse ; Ton poids seul est une caresse Et tout son corps est un baiser ;
Le baiser sans crainte, et sans leurres D'un amour grand comme un oubli ; Oh ! sur ton cou, ton front pâli, Ses yeux vides comme les heures !
Ses bras, ses grands bras sans couleur, Toute ta beauté solennelle Qui se perd largement en elle Comme un hymne dans la douleur !
Ô toi qui viens dans nos prières, Pauvre grand cœur naïf et fort, Va dans la nuit, va dans la mort Chercher les âmes tout entières.
Toi qui veux l'amour sans adieu, Et l'âme éternellement pleine, Ton cœur est grand comme ta peine. Tu seras triste comme un dieu.
Tu sentiras l'inquiétude Des petites mains dans ta main, Car tu marches dans un chemin Où l'on aime ta solitude.
Très faibles devant ta douleur, Tes sœurs mettront pour ton martyre Les diamants de leur sourire Sur ton grand manteau de malheur.
Mais à toi qui veux tout, qu'importe Ce qui n'est pas l'accouplement Où l'on tremble éternellement Comme la terre et la chair morte ?
Sois grave, pardonne, soumets, Trouve un ange ou trouve une femme ; Tu sais que tu voudrais une âme, Et que tu n'en auras jamais.
L'union tranquille, sans voiles Et sans l'angoisse des vainqueurs, Elle est trop grande pour leurs cœurs Comme une nuit pleine d'étoiles.
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