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1895

LA RESSEMBLANTE

Henri BARBUSSE

Hier, sur le mail sombre et doux J'ai cru vous voir, Évangéline, Errant dans le soir qui décline… Mais hélas ! ce n'était pas vous

À chaque pas de la montée L'illusion m'allait quittant. Ce n'était pas vous, et pourtant Votre caresse m'est restée.

Et bien que mes pauvres yeux fous Aient laissé la passante grise, Dans le soir comme en une église Ce fut le miracle de vous.

Votre nom remplit ma pensée, Parfum séparé de sa fleur, Et l'espace devint meilleur Comme si vous étiez passée.

Votre souvenir éternel A mieux chanté dans mon silence Et j'ai béni la ressemblance, Cet humble fantôme réel.

J'ai béni l'étrangère, l'autre, L'ange furtif qui ne sut rien. Son cœur obscur était le sien Mais sa lumière fut la vôtre !

Et tout frissonnant de vous voir, J'ai repris ma marche sans trêve Et j'ai rêvé notre grand rêve, Comme de la nuit dans le soir

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