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1895

LA LAMPE

Henri BARBUSSE

La nuit en songes funèbres Descend du grand ciel dormant, Et la lampe doucement Montre son cœur aux ténèbres.

Dans le coin silencieux Naît la fleur crépusculaire… La douceur du soir l'éclaire Comme un sourire des yeux

Avec la foi qui persiste, Et son rêve égal et pur, Timide aux heures d'azur, Elle attendait l'heure triste.

Elle est bonne aux jours trop courts, Aux pauvres nuits sans paupières, Bonne à toutes les prières Puisqu'elle est seule toujours.

Dans la fuite coutumière Des derniers cercles du jour, Le silence vient autour Pour écouter sa lumière.

Elle unit les isolés, Elle ne choisit personne ; Mais la caresse trop bonne Ne peut pas tout consoler.

Et la reine au palais sombre A peur de s'épanouir Ne voulant pas éblouir Les yeux désolés de l'ombre.

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