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1895

LA HAINE

Henri BARBUSSE

Nous sommes tous les deux ensemble Nous, les amants à l'infini, L'ouragan pleure et le ciel tremble… Nous n'avons rien qui nous unit !

Nous regardons le soir céleste Qui se plombe et tombe sans fin, Et le silence nous déteste, Et notre amour a toujours faim.

Tandis que l'ombre nous azure Ainsi qu'un grand couple éternel, Le silence comme un murmure Remplit la chambre jusqu'au ciel.

Et lorsque la nuit souveraine T'étoile de son vieux reflet, Je sens comme une grande haine Qui nous sépare et qui se tait.

Je t'aime pourtant, oh je t'aime Demi-pleurante en tes attraits, Et vague, avec ton diadème Où frissonnent les astres vrais.

Presque cachés par l'heure sombre, Je vois surgir blanches, sans bruit, Les mains que tu tends à mon ombre Dans les abîmes de la nuit.

Et lorsqu'un grand rayon t'éclaire Je devine invinciblement Que je ne sais pas la lumière, Que l'on s'ignore, et que l'on ment !

J'avais rêvé comme un apôtre D'inaccessibles unions ; Nous sommes l'un auprès de l'autre, Il faut que nous nous haïssions !

Hélas, lorsque mon âme est pleine De tant d'impuissance et d'adieu, Je souffre d'avoir tant de haine Et je voudrais t'aimer un peu…

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