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1895

L'ÉLOIGNEMENT

Henri BARBUSSE

Je ne reverrai plus les aveux incertains Qui passaient autrefois sur tes lèvres peureuses, Ton sourire d'enfant, ni ces objets lointains Que nous avons touchés avec nos mains heureuses

Peu à peu j'avais fait un beau rêve de toi, Mon âme le suivait avec mansuétude Et sans lever les yeux pour le voir devant soi, Elle a continué la paisible habitude.

Je marche longtemps seul où je fus avec toi, Je viens au rendez-vous comme un ami docile, Et je te vois passer doucement devant moi Pleine d'éloignement et de clarté tranquille.

Ne reviens pas, même un instant, même tout bas… Le paradis des souvenirs mourrait de joie. Laisse-nous tous les deux dormir ! ne reviens pas Avec tes petits pieds et ta robe de soie.

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