Parmi la boutique un peu noire, Reflet morne demi-caché, Tu n'es, pauvre poisson séché, Que les lettres de ton histoire.
Te rendrait-on ton cœur amer Ta vie âpre et dévoratrice, Quand tu sombrais avec délice Dans la caresse de la mer ;
Te rendrait-on ton doux sillage, Monarque fluide aux yeux d'or, Ton rêve assiégeant et sans bord, Ta vie, étroit et grand voyage,
Quand même entre tes petits os Tandis que tu gis sur la planche, On mettrait en poussière blanche La grande amertume des eaux !…
Ce matin, j'ai jeté nos lettres Dans le feu, neuf et clair frisson… Elle n'a rien dit, la chanson Qui chantonnait auprès des lettres.
La félicité n'est qu'un songe Qui s'en va comme un chenapan. On dirait un peu qu'il y songe, Lorsque, mélancolique, il pend.
Les heures d'oubli sont rapides : Ivre et tout vague, l'aquilon Touche du doigt ses jambes vides. Le jour est mort, le soir est long.
Le vent sans pitié pour son âge Mêle ses membres ramollis, C'est corme un mince personnage Qui se glisse dans les vieux plis.
Et lui, s'éveillant triste et gauche, Voudrait rire, malgré son plomb ; Il essaye une vague ébauche… Le jour est mort, le soir est long.
Près d'un habit à longues basques, Il esquisse en l'air, accroché, Ses pas incohérents et flasques, Ce vieux qui sait qu'il a marché.
Le dolman à large carrure Dont il bat le triple galon Grince avec un bruit de serrure… Le jour est mort, le soir est long.
Tu danses dans l'or poétique, Pauvre orateur tenace et laid, Avec ton destin de boutique Et tes cauchemars de balai.
Qu'un jeune, auquel rien ne résiste, Pince la lyre d'Apollon ; Je le regarde d'un air triste. Le jour est mort, le soir est long.
Nous nous en irons, pauvres princes, Avec notre tranquillité ; Je te prendrai dans mes bras minces, Ô le seul qui me soit resté !
Automne gris qui te recueilles, J'entends gémir dans le vallon Des souvenirs de vieilles feuilles. Le jour est mort, le soir est long.
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