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1895

CROIRE

Henri BARBUSSE

Lorsque tu t'en es allée, Tu dis : « Je ne t'aime pas ». Dans la pauvre et froide allée J'ai marché du même pas.

Puisque je ne l'ai pas crue, Pitié d'or, ciel adouci, Ombre lentement accrue Oh ! ne soyez pas ainsi…

Comment pouvais-je te croire ?… Je suis à toi, je vois mal. Je suis ivre encor de gloire Et je n'entends pas le mal.

On ne peut pas se reprendre Comme on s'était égaré. Il faut longtemps pour comprendre Pourquoi d'autres ont pleuré.

Je suis l'âme douce et triste Dans le temps qui va, dans l'air. Si l'on est fort, je résiste, Je suis éclair à l'éclair.

Je suis au-dessus du monde, Des prières, des amours, Je suis à toi, pauvre blonde. Ce n'est que dans bien des jours…

De par la paix infinie, Usé de ne plus te voir, J'entrerai dans l'agonie Petit à petit, le soir.

Il faudra bien du silence Et dans le calme dormant, J'aurai l'autre rêve immense : Je croirai, tout doucement.

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