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1895

A UNE PETITE AVEUGLE

Henri BARBUSSE

Avec ses rumeurs sans pitié Le jour assiège ta faiblesse. Tu ne vois rien, l'heure te laisse Et la lumière est à tes pieds.

Quand parmi la foule sans nombre Tu rayonnes sur le chemin, Si l'on te frôle un peu, ta main Est une caresse dans l'ombre.

Tu gardes au soleil d'espoir Ta tendresse vague, étoilée… Toujours grave, toujours voilée, Toujours dans la fête du soir !

L'ombre est ta sœur quand tout succombe, Ta sœur près de ces hommes-ci, Tous ceux que mêle et qu'adoucit Votre double pitié qui tombe !

Quand avec son éternité Le soir nous berce et nous effraie, Tu deviens de plus en plus vraie Parmi la morne vérité.

L'azur s'abîme de tendresse. L'amour chante, silencieux, Les ténèbres ouvrent tes yeux. Ton front éclot et se redresse.

Tu te mêles au vieux martyr De la nuit seule sur le monde. Tout se tait et l'ombre est profonde ; Petite enfant qui vois souffrir…

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