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1871

YUNCK

Jules BARBIER

Yunck, (quel nom de voleur !… C'est du reste un Prussien) ; Yunck a tout calculé ; rien n'y manquera, rien. Il a, par ses talents et par ses artifices, Préparé les moyens, prévu les bénéfices ;

Il pèse avec scrupule, il pointe avec amour Les spoliations, les vols de chaque jour, Les contributions de guerre, le pillage, Le tribut du château, la rançon du village.

Choyé par les Français, ce génie étonnant Avait pris, l'an passé, ses notes en dînant, Supputant chaque bourse, estimant chaque pierre, Jaugeant, pour l'absorber, la France tout entière !

Cet honnête travail se faisait galamment, En plein soleil, au nez de. ce gouvernement Dont la phrase sonore endormait la tribune De complots frelatés et d'autres clairs de lune !

Une crainte, aujourd'hui, vient troubler les esprits De ce bon monsieur Yunck : eh ! quoi ? brûler Paris, Le but de ses efforts, le prix de son astuce !… Mais, messieurs, c'est voler Paris au roi de Prusse !

Tel on voit un valet, échappé de prison, Prendre la haute main dans toute une maison, Étudier les clés, travailler les serrures, Reconnaître l'argent, les billets, les parures,

En dresser le bilan jusqu'aux moindres valeurs, Et, cela fait, ouvrir les portes aux voleurs ! Après les espions, tortueuses couleuvres, La Prusse nous devait mieux encore… des pieuvres !

Yunck est un architecte estimé chez les siens. Devant ces procédés inouïs… et prussiens, On s'étonne, sans être un philosophe austère, Que des peuples si bas déshonorent la terre !

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