Un dernier mot ! — Ce roi Guillaume, Que nos haines et nos mépris Croyaient déjà dans son royaume, Commence à bombarder Paris !
Ses obus, qui faisaient sourire, Ses canons, par nous bafoués, Remplissent la cité martyre De femmes et d'enfants tués !
Bourbaki fait campagne en France, Et laisse le Rhin indompté. — Il importe peu !… L'espérance Deviendra la réalité.
Le châtiment aura son heure, Et nous verrons fuir ce maudit, Qui boit, qui bombarde et qui pleure, Plus vite encor que je n'ai dit.
Si le destin, par impossible, Lui livrait Paris aujourd'hui, Demain, ce Cartouche invincible Aurait la France devant lui !
Si la France même succombe, Qu'importe que, frappés au front, Tous les pères soient dans la tombe Leurs fils, un jour, les vengeront !
Cela sera ! — Maintenant tue, Pille, bombarde, prostitue, Brûle, dévaste, règne enfin ! Enveloppé de funérailles,
Donne des banquets à Versailles, Tandis que Paris meurt de faim ! Que par les soupiraux des caves Tes soldats fusillent nos braves ;
Qu'ils exterminent nos blessés ; Que tes Gretchen, qu'on croit niaises, A déshonorer nos Françaises Encouragent leurs fiancés !
Ce que j'écris est de l'histoire. — Tu mets ainsi, je veux t'en croire, Un frein aux appétits brutaux !… Surtout, mon prince, je t'en prie,
Ordonne à ton artillerie De tirer sur les hôpitaux ! Le monde égaré te regarde, Sans qu'un seul peuple se hasarde
A surgir entre nous et toi ; C'est bien ! poursuis ton œuvre a l'aise Sais-tu bien qu'un Quatre-vingt-treize A ce labeur vaut moins qu'un roi ?
Courage donc ! et moralise. Prêche, convertis, civilise Par le plomb, le fer et le feu ; Puis, selon ta sainte habitude,
Au temple, avec la multitude, Agenouille-toi devant Dieu ! Ah ! ce Dieu que ta lèvre prie De bénir cette boucherie,
Depuis l'heure où le sang coula, Ce Dieu que tu nommes ton maître Tu ne crois pas en lui peut-être ?… Prends garde, Guillaume, il est là !
J'ai tout dit : je ferme ce livre. — Vers enfantés dans la douleur, Vous dont la fièvre m'a fait vivre, Adieu, compagnons du malheur !
J'ignore où le destin vous mène, Mais votre cri dans l'âme humaine Aura son retentissement, Et, partout où la haine vibre,
Les voix, les cœurs d'un peuple libre Répondront à votre serment ! Oui, tous, à l'heure solennelle De la défaite ou du succès,
Jurons une haine éternelle Aux bourreaux du peuple français ! Que rien n'en détruise le germe, Qu'en son cœur la France l'enferme,
Que le champ la conte au buisson ; Sur la terre de sang fumée, Leurs mains barbares l'ont semée, Qu'ils en récoltent la moisson !
Que pas un d'eux, après la guerre, Ne retrouve sur son chemin Un seuil ami, comme naguère, Une main pour serrer sa main !
L'hospitalité déshonore Celui qui les pourrait encore Garder en ses foyers trahis ; Et celle-là serait infame
Qui jamais deviendrait la femme D'un assassin de son pays ! Plus d'espions dans nos familles ! Plus de voleurs dans nos maisons !
Serviteurs mielleux, blondes filles, Portez ailleurs vos trahisons ! Que d'un mâle patriotisme La haine soit le catéchisme !
Que la grand'mère, à son rouet, De haine imprègne sa parole, Et que les enfants à l'école L'épèlent dans leur alphabet ! —
Toi, mon fils, dont l'âme étonnée Frémit de rage et non d'effroi, Mûris ta dix-septième année, Déjà plus grave, et souviens-toi !
Soit que je vive ou que je meure. Garde jusqu'à ta dernière heure Cette haine du nom Prussien ! Il faudra les tuer en somme !…
Sache avant tout tenir en homme Un fusil !… — Tu le sais ?… c'est bien !
Cookies on Poetry Cove