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1871

SÉDAN

Jules BARBIER

O poète naïf, tu croyais que cet homme, Encor qu'il fût parjure et méprisé des siens, Conserverait du moins au nom dont il se nomme Quelque honneur devant les Prussiens !

Certes, ce nom fatal pesait sur notre histoire Comme un linceul de mort ! Sur nous, sur nos aïeux Il dégouttait de sang !… mais, à force de gloire, Il avait ébloui les yeux !

La France, par malheur, au gain d'une bataille Mesure trop souvent son amour et son cœur ; Et le premier soudard qui la prend par la taille Devient son maître et son vainqueur !

Il ne lui déplaît pas, même, d'être battue ; Son engoûment pardonne a la brutalité D'un amant qui la vole et, parfois, qui la tue, Mais jamais à sa lâcheté !

Celui-là qui pouvait la défendre, la livre ; Il enchaîne ses mains pour la laisser périr ; Mieux encor, pour la vendre !… et, n'ayant pas su vivre, Il ne sait même pas mourir !

Vierge folle, c'est Dieu qui punit ta démence ! Les voilà, les vertus de ce noble étranger : Une capote grise, une fade romance, Et la chanson de Béranger !

O France, comprends-tu que ces choses sont vaines, Que ce verre, où jadis, assis au coin du feu, L'oncle a bu d'un seul trait tout le sang de tes veines, Se brise aux mains de son neveu ?…

Respect, me dira-t-on, aux majestés qui tombent ! C'est assez du malheur qui les accable !… — Quoi ? La flamme a dévoré mon toit ; les murs surplombent ; Les plafonds s'écroulent sur moi ;

L'incendiaire est-là, qui dans l'ombre s'efface ; Il fuit, lui-même atteint et pâle de terreur ; Et je ne pourrai pas lui jeter à la face Un cri de rage et de fureur ?…

Soit ! ne le nommons plus ! Qu'il s'esquive, qu'il parte ! Je me tais ! — mais c'est bien entendu désormais, Plus d'Empire, plus d'aigle, et plus de Bonaparte ! C'est fini, n'est-ce pas ?… Jamais !

Plus de parjures ! plus de lâches ni de traîtres ! Fléau contagieux, assez de ton poison ! Ouvrons à deux battants les portes, les fenêtres ! — Soleil, inonde la maison !…

On respire !… Un air pur dilate les poitrines ; Le miasme délétère aux vents est emporté ; Un rayon du matin vient dorer les ruines, C'est le jour ! c'est la liberté !

Et la France renaît, calme et purifiée, Marche à ses ennemis, sans peur et sans courroux, Les toise du regard, sur ses fils appuyée, Et leur dit : « Que me voulez-vous ?

» C'est à cet empereur, prétendiez-vous naguère, » Que vous portiez vos coups, peuple, ministre et roi ; » Pourquoi, lui disparu, me faites-vous la guerre » Qu'il vous avait faite sans moi ?

» Prenez garde ! ma race est debout, encor sauve ! » Je connais tous mes fils, sans prendre le souci » De demander leurs noms aux secrets d'une alcôve ; » Et vous les connaîtrez aussi ! » —

Le Prussien la regarde, et se pâme de rire ; Il a menti ! qu'importe ? il est fait au mépris !… C'est bien ! La République au Sédan de l'Empire Promet un lendemain : Paris !

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