L'honneur est pour ce peuple une chose inconnue, Un mot vide de sens ; Dans sa corruption son âme est ingénue, Ses yeux sont innocents.
Il croit que c'est permis. Il trône, il se goberge, Il rit, il est fringant ; Il semble s'ignorer, comme une jeune vierge, Ou comme un vieux brigand !
Le mensonge est sa loi, son plaisir, le complice De sa férocité ; Il ment avec bonheur, il ment avec délice, Il ment avec fierté !
Il raconte à Paris que la province en larmes Veut la paix à tout prix ; Il raconte à Belfort, qui résiste à ses armes, Qu'il a brûlé Paris !
Si le Prussien se trouve en forces inégales, Ce bobêche sanglant Vous demande merci pour vous cribler de balles, Derrière un drapeau blanc !
Quelquefois, comme l'âne en lion se transforme, Il croit avec son bât Laisser sa peau prussienne, et sous notre uniforme Il nous livre combat !
Si, dans la nuit, il veut de quelque tentative Assurer le succès, Au soldat qui l'arrête en lui criant : Qui vive ! Il répondra : Français !… —
Eh bien, convenons-en, oui, royaliste insigne Ou bon républicain, Le Français, quel qu'il soit, est l'adversaire indigne D'un si parfait coquin !
Va ! Prussien, mon ami ! ne crains pas qu'il oublie L'honneur de son drapeau ; Que, pour livrer bataille et vaincre, il s'humilie Jusqu'à prendre ta peau !
Va ! tu peux lui crier : qui vive !… je te jure Qu'il mourra comme un chien, Plutôt que de jamais se faire cette injure De répondre : Prussien !
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