On se bat !… Ce mot sourdement résonne
Comme un grondement lointain ;
Il vibre dans l'âme, et le cœur frissonne
Sous le souffle du destin !
On se bat !… où donc ? nul ne peut le dire ;
Le sang là-bas va couler,
Là-bas, vers la Loire !… A peine on»respire ;
On ose à peine parler !…
L'armée est en marche, innombrable, immense
Un bruit d'orage est dans l'air ;
Peut-être déjà la lutte commence ;
La foudre suivra l'éclair !
Sera-ce aujourd'hui ? Qui frappera-t-elle ?
Les chefs avaient bon espoir.
Oh ! l'âpre souci ! l'angoisse mortelle !
Attendre et ne rien savoir !…
Nos derniers revers ont ébranlé l'âme
Des meilleurs et des plus forts ;
O France, qui sait si toute ta flamme
N'est pas morte avec les morts ?…
— Nos jeunes soldats à quelque panique
Ne peuvent-ils pas céder,
Dans cette tûrie à la mécanique,
Où l'on meurt sans s'aborder ?…
C'est la grande crise !… On doute ; on se compte ;
On songe tout bas aux siens ;
Sans vouloir le dire, on a peur… ô honte !
Avoir eu peur des Prussiens !…
Passe un bruit de-voix. — Eh bien ?…— Rien encore !…
Une main serre ma main ;
La fièvre me brûle, elle me dévore !
Il faut attendre à demain !
Dieu voudrait-il donc, horrible pensée !
Que la France succombât ?…
Éternelle nuit ! nuit sombre et glacée !…
Le vent mugit !… On se bat !…