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1871

MADRIGAL

Jules BARBIER

Oui, monsieur, leurs femelles même Encouragent ces chenapans, Moitié tigres, moitié serpents, Dans leur travail de Polyphême !

Une mère écrit sur ce thême Que son fils s'est fait une loi De ne rien épargner ; qu'il sème La terreur au nom de son roi ;

Qu'il pille, saccage, et… ma foi ! Qu'il y prend un plaisir extrême ! Un plaisir extrême est charmant ! Ce mot seul vaut un long poème ;

Je le savoure lentement ; Je le trouve à mon gré, je l'aime ! C'est léger comme un compliment, Et précis comme un théorême.

Je vois ce fils couvert de sang, Pour qui le meurtre est un système, Suivi d'un regard caressant Par celle à qui le Tout-Puissant

Donna la douceur pour emblême ! Tuer, voler… c'est ravissant ! Il y prend un plaisir extrême ! — Madame, (il faut être poli,

Même devant un tel blasphême), Tout sera bientôt accompli ! J'entends sonner l'heure suprême Où votre roi, sous l'anathème

Des vivants, justiciers des morts, Se courbera tremblant et blême, Et n'aura plus pour diadême Que l'épouvante et le remords !

Où sera votre fils, alors ?… Avant le retour du carême, Le Rhin va rouler bien des corps ! Il sera notre Sainte-Vehme,

Madame, et ces républicains, Ces Français, a qui pour baptême Vous donnez le nom de coquins, Y prendront un plaisir extrême !

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